AMADOU TOUMANI TOURE « Je suis candidat au poste de chef de chantier
Le président candidat à la charge suprême, Amadou Toumani Touré affiche sa détermination a aller jusqu’au bout de l’épreuve. Au premier tour ou au second, il ne doute pas un seul instant de la confiance de son peuple, de la volonté de celui – ci de le reconduire pour relever d’autres challenges. Dans la grande interview dirigée par Chérif Ouazani, ATT, n’a pas fait dans la dentelle, tout y passe. Mieux, il a profité de l’occasion pour répondre à ses adversaires et notamment le président sortant du parlement, candidat au fauteuil, tout comme Tièbilé, Soumeylou, Blaise, Sidibé Aminata Diallo, et Madiassa Maguiraga. Une course de fond d’une journée décisive. Qui enlèvera le fauteuil ? Nous n’en sommes pour l’instant pas là. ATT attend serein et confiant, mais en attendant, il règle des comptes.
JEUNE AFRIQUE: Contrairement à la précédente élection présidentielle, certains de vos anciens alliés ont créé le Front pour la démocratie et la république (FDR) pour se présenter contre vous le 29 avril. Est-ce la fin du consensus national?
AMADOU TOUMANI TOURÉ: Attention! En 2002 déjà, je n’étais pas seul en lice. La pluralité des candidatures n’est pas une nouveauté au Mali. D’ailleurs, je note qu’au sein du FDR ils sont plusieurs à se présenter au premier tour. Au contraire, le mouvement qui me soutient (l’Alliance pour la démocratie et le progrès – ADP) est un bloc soudé autour d’une vingtaine de partis, parmi les plus significatifs sur l’échiquier politique malien. Tous ont le même but: poursuivre l’œuvre que nous avons entamée ensemble depuis 2002. Je m’engage à continuer à incarner leur ambition pour le Mali. Et, malgré la bataille électorale, la gestion consensuelle des affaires du pays est loin d’avoir pris fin. Encore moins de façon brutale. Au sein de l’actuelle équipe gouvernementale figure l’un des responsables du Rassemblement pour le Mali [RPM, le parti d’Ibrahim Boubacar Keïta, dit !BK, NDLR], qui présente un candidat. Le président de Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance [Cheikh Omar Cissoko, NDLR] est le ministre de
Pour autant, le consensus n’est pas un mariage à vie.
Il n’enlève à aucune formation politique sa liberté de décision. Je respecte donc le choix de ceux qui tout en maintenant leur présence au sein du gouvernement, ont décidé de briguer la magistrature suprême. Je leur souhaite bonne chance !
Vos détracteurs vous reprochent d’avoir empêché toute expression politique libre...
De quoi parle-t-on? Jamais l’Assemblée nationale n’a connu de débats aussi vifs. Les partis politiques n’ont jamais été aussi bien financés. Et puis,le consensus ne m’appartient pas. Ce n’est pas un « label ATT », mais un label malien. Les querelles de chapelle qui ont marqué la première décennie de la démocratie au Mali ont servi de leçon à tout le monde. Avez-vous oublié comment se sont déroulées les élections générales de 1997? Des opposants en prison, un front social en ébullition, et un avenir incertain qui a eu pour conséquences plusieurs années scolaires blanches... En 2002, nous avons voulu nous concentrer sur des enjeux plus fondamentaux: le développement des infrastructures, la lutte contre la pauvreté et le décollage de notre économie. Le consensus national nous a permis de mettre de côté les luttes politiciennes. Il ne fait pas le lit de la pensée unique, pas plus qu’il ne sert de marchepied à un « homme providentiel ».
Vous voulez dire que le consensus pourrait survivre aux élections générales de 2007?
Oui. Et ce quel que soit le nom du prochain locataire de Koulouba. Pour peu que ce dernier veuille rassembler plutôt que régner.
Le 23 mai 2006, des unités de l’armée ont été attaquées à Kidal et à Ménaka par une rébellion.
Votre décision de privilégier la solution politique à l’affrontement a soulevé l’indignation d’une partie de la classe politique et de la presse indépendante, qui vous ont accusé de faiblesse...
Ce choix de la négociation n’a été contesté que par le RPM. Ce parti a peut-être été mal informé sur la gestion de cette crise ou a fait une mauvaise analyse de la situation. Je vous rappelle que le Parti pour la renaissance malienne
[Parena] de Tiébilé Dramé a soutenu l’accord d’Alger, signé le 4 juillet 2006 avec les rebelles. Nous avons en effet choisi de privilégier le dialogue. On m’a reproché d’avoir fragilisé les institutions de
Lors de cette crise, j’ai été traité de tous les noms. On m’a même comparé au maréchal Pétain. On m’a accusé d’avoir bradé la souveraineté malienne au profit de l’Algérie, qui a accepté le rôle de médiateur durant cette crise. A-t-on pensé la même chose quand le Mali de Modibo Kéïta est parvenu à faire taire les armes et à mettre fin à la guerre des Sables «entre l’Algérie et le Maroc, en 1963? Le Mali était une base de repli pour les combattants de la libération algérienne et leurs armes transitaient par notre pays. L’Algérie est-elle, pour autant, devenue un pays satellite du Mali? Les attaques de Kidal et de Ménaka relevaient certes d’une affaire intérieure. La médiation d’un pays voisin auquel nous lie un long passé de solidarité n’est en rien une atteinte à la souveraineté nationale. Les formules excessives qui ont été utilisées contre moi n’ont valu à leurs auteurs aucune poursuite, et aucun titre de la presse n’a été suspendu. Cela ne signifie pas qu’elles m’ont laissé de marbre...
Quelques semaines après les attaques de Kidal et de Ménaka, un livre dénonçant violemment votre gestion du pays a été publié à Paris. Pourquoi n’avez-vous pas réagi?
Au lendemain de la sortie de cet ouvrage, j’ai reçu un coup de téléphone de Béchir Ben Yahmed. En me faisant part de sa solidarité, il m’a vivement conseillé de ne pas réagir. Je l’ai écouté. Cela ne m’a pas été facile, car j’estimais que ce pamphlet était attentatoire à la fois à ma dignité et à l’honneur des Maliennes et des Maliens. Outre le « courageux anonymat» de - ou des - auteurs, le livre portait atteinte à l’image du pays. Cela relève de la haute trahison! Cela dit, j’ai fait passer autour de moi le conseil de Béchir Ben Yahmed. Un opérateur économique estimant que le pamphlet lui portait préjudice a jugé bon de ne rien entendre. En toute liberté, il a poursuivi l’éditeur. La justice française a suspendu le traitement du dossier jusqu’à la fin du processus électoral. Curieux. Personnellement, je défie quiconque de prétendre que je me suis enrichi grâce à mes fonctions. C’est le seul commentaire que j’ai à faire.
Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent d’avoir utilisé, ces derniers mois, la télévision publique à des fins de propagande électorale?
Officiellement, je ne suis candidat que depuis le 24 mars. Et, quoi qu’il en soit, je reste président de
Ceux qui m’accusent de faire de la propagande pourraient au moins avoir le courage de reconnaître qu’ils ont, eux aussi, bénéficié de la couverture des médias publics dans le cadre de leurs manifestations. On ne peut imposer le silence à ceux qui agissent. J’ai été élu sur la base d’un programme et je fais tout ce qui est possible pour tenir mes engagements. Je n’empêche personne de tenir salon à Bamako. Qu’on ne me reproche pas de faire mon boulot.
Un de vos concurrents, IBK, vous a récemment qualifié d’être un « chef de chantier » plutôt qu’un chef d’État...
L’auteur de cette formule n’a, semble-t-il, pas encore compris que le Mali est un grand chantier et que l’amélioration du niveau de vie de ses habitants est en marche. Le chef de l’État en est le premier responsable. Je revendique ce statut et j’y vois plutôt un hommage à mon action. Si être chef de chantier consiste à écouter ses compatriotes, sentir leurs pulsions, mesurer leurs attentes et ensuite trouver des solutions, dans la mesure des moyens de l’État et avec l’appui de nos partenaires au développement, alors oui, je suis candidat au poste de chef de chantier. Les Maliens ne m’ont pas élu pour que je porte en permanence un costume cravate ou une redingote, que j’organise des réceptions fastueuses au palais ou que je me fourvoie dans les mondanités. Ils m’ont élu pour que je mette le pays en marche. J’ai la prétention de l’avoir fait bouger, d’abord à petites foulées, puis au pas de course, en attendant d’atteindre une vitesse de croisière.
y a-t-il une candidature qui vous a particulièrement surpris?
Aucune. J’aurais été sincèrement malheureux si j’avais été candidat unique. L’aspiration de tout homme politique est la conquête du pouvoir. Toutes les candidatures sont donc légitimes. Les seules limites sont les conditions posées par
Lesquelles?
Celles de Tiébilé Dramé, par exemple, qui affirme être victime d’une cabale orchestrée par mon Premier ministre et moi-même. À l’issue du sommet Afrique France qui s’est tenu à Bamako, en décembre 2005, et dont l’organisation avait été confiée à Tiébilé Dramé, le gouvernement croulait sous le poids des impayés. Le vérificateur de
Oui mais, depuis, Soumeylou Boubèye Maïga fait tout de même partie du Front de l’opposition!
Je mettrais la candidature de «Boubèye» sur le compte d’un désamour plutôt que sur celui de véritables motivations politiques.
Certains de vos concurrents évoquent de possibles manipulations du scrutin. Redoutez-vous une violente contestation?
Ils jouent à se faire peur! Les élections seront libres et transparentes. À condition que tout le monde garde le sens des responsabilités. Ce que je redoute, en revanche, c’est une faible participation.
Mes adversaires me reprochent une présence permanente sur le terrain. Pourquoi ne relèvent-ils pas le fait qu’à chacune de mes interventions je demande aux Maliens de voter en masse et non de voter pour moi?
NB: le chapeau est de la rédaction.