Mme Fatoumata Dicko, députée Psp

Publié le par lechallenger

‘’ Le Mali a besoin d’un président…femme’’

 

Mme Fatoumata Dicko est jusqu’à preuve du contraire la nouvelle députée de Douentza. Elle a été élue à l’issue du 2ème tour des élections législatives en terrassant un ténor de l’Adema, Moustapha Dicko. Entretien à coeur ouvert.

 

Cette dame de 47 ans qui est employée à Edm-sa, veut apporter sa modeste contribution au développement socio-économique de son pays et de son Douentza natal. 

Qui est Mme Fatoumata Dicko ?

Je m’appelle Mme Fatoumata Dicko. Je suis née le 28 janvier 1959 à Diona dans l’arrondissement central de Douentza. J’ai fait mes études primaires dans la région de Sikasso où mon père fut instituteur et mes études secondaires à Bamako. J’ai eu mon bac technique en Math Technique Economie – MTE. Après le lycée technique, je suis allée à l’Ehep pour apprendre la comptabilité.

 Je suis de la première promotion du lycée technique à aller à l’Ehep. Au terme de deux ans, j’ai obtenu un Brevet de technicien supérieur en comptabilité en 1982. En 1984, j’ai été embauchée à l’Energie du Mali comme agent commercial à l’Agence de Badala où j’ai travaillé pendant 4 ans. Après, je suis allée à la Direction générale pour jouer le rôle de comptable à la ‘’Section fournisseurs’’. Ensuite, ce fut la ‘’Section vente’’. De là, je suis revenue à la ‘’Section fournisseurs’’ avant de rejoindre ‘’l’Approvisionnement’’ où je suis restée de juillet 2000 à nos jours. Je suis actuellement chef de ‘’Service gestion des stocks’’.

Vous êtes parmi les rares femmes qui ont atteint le gué à l’issue des législatives, qu’est-ce que vous ressentez en cet instant précis?        

Je ressens beaucoup de bonheur, parce que je ne me suis jamais engagée autant dans la politique. Je suis une fervente militante du Psp, Parti pour le progrès et la solidarité depuis l’avènement de la  démocratie. Cette année, le parti a demandé à ce que je dépose ma candidature pour la députation. J’ai accepté volontiers parce que je savais que j’avais des atouts politiques compte tenu de mes relations avec ma base, avec mon cercle, Douentza, les bonnes relations que j’entretiens depuis toujours avec la population de Douentza.

Vous êtes arrivée à terrasser un ténor de l’Adema sur place à Douentza. Qu’est ce qui vous a favorisée? 

Ce qui a favorisé mon succès à Douentza, c’est le rapprochement. J’ai eu à mener une campagne de proximité. Depuis très longtemps, je me suis rapprochée de  cette  population. Quand j’étais étudiante, des cousins et bien d’autres parents plus ou moins éloignés venaient en vacances chez moi. Quand j’ai terminé mes études, j’ai toujours entretenu de bonnes relations avec cette population. J’accueille les gens chez moi. J’ai hébergé beaucoup d’étudiants - à peu près une quarantaine - qui ont tous pratiquement réussi.. La population de Douentza a été très reconnaissante. Elle m’a accueilli les bras ouverts.  Et elle m’a dit : ‘’ Nous allons te prouver notre reconnaissance en te soutenant’’.

C’est ce qui a été mon atout. Il n’y a pas eu de grosses dépenses durant ma campagne. Il n’y a pas eu d’achat de conscience, je crois que c’est une reconnaissance de ce que j’ai fait pour cette population. Elle est sortie massivement pour m’aider à mener la campagne et c’est grâce à elle que la victoire a été possible.

En tant que femme, est-ce que le combat a été facile?

Je vous avoue que le combat n’a pas été très difficile. C’est vis-à-vis de mon adversaire que ça été un peu difficile puisque là, nous avons entendu beaucoup de choses. Nous avons des militants qui ont essuyé des injures, qui ont été battus. Mais le mot d’ordre du président du PSP lors de notre premier meeting à Douentza a été de ne pas répondre aux provocations. Je crois que les militants Psp ont suivi ce mot d’ordre. Ils ont accepté les injures et ils se sont laissés faire jusqu’à ce qu’on ait atteint notre objectif qui était de gagner largement.

Est-ce que vous avez été soutenue par les associations féminines sur place?

C’est la Cafo qui nous a soutenue. Quand je suis arrivée à Douentza, la représentante qui était sur place m’a rapprochée. Ainsi au 1er tour, les femmes m’ont apporté tout leur soutien. Elles ont demandé à toutes les associations féminines de nous apporter leur soutien.

Vous êtes désormais élue de la Nation pour un mandat de cinq ans, quels sont les défis immédiats que vous comptez relever ?

D’abord dans le cercle de Douentza, nous avons surtout un problème d’eau. Il nous faut alors de l’eau mais surtout de l’eau potable. C’est une denrée rare dans le cercle. Ensuite, il y’a le problème de scolarisation de nos enfants. Les enfants sont obligés dans certaines localités  de parcourir plusieurs kilomètres pour aller à l’école.

Enfin, Douentza a besoin de centres de santé. Certains villages par manque de centre de santé se voient dans l’obligation d’aller au Burkina voisin pour se soigner. Ce qui est très contraignant pour des gens dépourvus de moyens. Nous comptons en tout cas avec l’appui de nos ressortissants, qui sont dans certains pays africains, réaliser un programme dans la limite de nos moyens, qui tiendra en compte l’eau, l’éducation et la santé.

Il faut aussi noter que les femmes de mon cercle ont vraiment besoin de moulins. Il faut alors les initier au micro crédit, au maraîchage et autres activités rémunératrices leur permettant de joindre les deux bouts. Nous allons essayer de créer des emplois pour les jeunes de Douentza qui sont à l’instar de la jeunesse malienne frappés par le chômage.

Le Mali s’apprête à fêter demain 31 juillet la Panafricaine des femmes, qu’est ce que ça vous inspire ?

La Panafricaine des femmes est une fête internationale qui permet aux femmes de se retrouver pour discuter de leurs problèmes et au besoin mesurer le chemin parcouru. Cette fête doit être placée sous le signe de la remise en cause. Car, depuis belle lurette, nous commémorons la Panafricaine sans nous poser des questions sur les acquis de la femme africaine et malienne. Je crois qu’avec des organisations comme l’Opf, on peut réaliser cela.

Est-ce que vous pensez que les femmes sont impliquées dans le processus démocratique ?

Je pense que non. Car regardez un peu, sur les 147 députés élus, il n’y a que 15 femmes.

Pourquoi ?

Pendant la campagne électorale, des gens ont osé demander aux électeurs de ne pas voter pour les femmes. Avec une telle mentalité, peut-on évoluer ? Mais, la société malienne est telle que la femme ne peut pas s’épanouir. Il faut être très battante pour pouvoir réussir.

En tant qu’élue de la Nation , vous avez certainement un appel à lancer à vos sœurs à un moment où elles s’apprêtent à commémorer la Panafricaine  ?

Je leur demande de s’impliquer pleinement dans la vie du pays. Elles doivent s’impliquer dans les élections communales à venir. Je crois qu’en 2012, le Mali a besoin d’une femme présidente. J’en profite pour donner un coup de chapeau à Mme Sidibé Aminata Diallo, candidate à la Présidentielle. Il faut que les femmes soient ambitieuses.

 

Entretien réalisé par Alhassane

 

H Maïga

 

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