Sambourou et les difficiles équations

Publié le par lechallenger

Entre nous

 

Sambourou est candidat à sa propre succession. Il ne tardera pas à le faire savoir, après que ses associations et mouvements, avec sans aucun doute sa bénédiction, aient terminé de chauffer le terrain, pardon, les écrans de la télévision nationale. Une question de jours, voire de quelques petites semaines seulement. C’est sa tactique, à savoir donner l’impression de se faire prier et, voilà. Pas meilleur argument qui justifierait alors la nécessité pour lui de se présenter à nouveau à la magistrature suprême. Quoiqu’il fasse ou qu’il dise, ce serait une parole d’honneur non tenue.

Nombreux sont en effet les observateurs qui s’étaient laissés convaincre, par des arguments défendables à l’époque, que le président Konaré avait bien raison de le faire roi, au grand dam de son propre parti. Mais pour un seul mandat. Avec le temps, les Maliens auront peut-être plus de précisions sur le deal que les deux hommes sont censés avoir passé. Une chose que le temps n’a, en tout cas, jamais démentie, c’est que l’appétit vient en mangeant. Pourquoi donc s’arrêter en si bon chemin, surtout lorsque la pression monte dans la cour? Konaré  n’avait certainement pas prévu ce pied de nez.

En attendant que Sambourou déclare officiellement qu’il ne peut pas abandonner toutes ces femmes et tous ces hommes ainsi que les nombreux chantiers ouverts ça et là et qu’il accepte de reprendre le flambeau, des équations majeures se posent à lui. Des équations sur lesquelles nous nous devons d’attirer son attention.

Les visites à l’intérieur du pays

 

L’apparence est très souvent trompeuse. Les foules aperçues dans le sillage  de la délégation présidentielle ne dérogent pas à ce constat. Pour au moins trois raisons:

La première, c’est la curiosité : les populations de l’intérieur du pays à l’opposé de celles de la capitale n’ont pas très souvent l’occasion de voir le premier de tous les Maliens en dehors de télé. Et si ce super homme leur fait l’honneur de descendre de son piédestal pour leur rendre visite, s’enquérir de leurs nouvelles, ça il faut voir de ses yeux !

La deuxième, c’est qu’une visite du chef de l’Etat est une fête. Sambourou doit bien se rappeler les visites de Modibo Kéïta dans le Soud’baba, accompagné ou non de ses pairs africains, notamment, Amadou Ahidjo du Cameroun, Senghor et autres. C’était des jours de grandes fêtes, différentes du 22 septembre.  Ces événements étaient préparés avec beaucoup de minutie et cela n’avait rien à voir avec l’estime réelle!

La troisième raison est la culture de l’accueil, une réalité dans notre Mali, pays du ‘‘bogna’’ et du ‘’carama’’ signe évidents du sens du ‘’jatigiya’’.

Ces grandes manifestations sont organisées par les tenants du pouvoir local, les chefferies traditionnelles et tout est bien dès l’instant qu’il est question de plaire au grand chef et de demeurer dans sa grâce. L’atmosphère festive à créer importe donc. Ce n’est pas le Gouverneur, le Préfet ou le sous Préfet qui viendraient dire au président de la république : ‘’M le président, ces gens-là, ne sont pas avec vous ! Ils sont là parce que nous leur avons demandé de le faire’’

Malgré les milliers de kilomètres avalés par route et dans les airs, Sambourou a intérêt à faire attention et ne pas rêver. Toutes ces foules spontanément constituées  lors de ses passages ne sont pas forcément des électeurs sur lesquels il peut assurément compter le 29 avril. C’est bien ce que le président de l’Apcam a voulu lui faire croire en organisant une grande fête au village. ‘’Nous sommes des villageois et nous aimons les fêtes’’.

 Les amis et les adversaires

 

La théorie politique des responsables des partis membres de l’Alliance consiste, on le sait, à transformer leur soutien politique en soutien électoral. Mais qu’est ce qui lui prouve que les militants de ses partis sont prêts à suivre ?

 

’Takokelen’’ ou ‘’takapèrin’’ ?

 

Sambourou est-il persuadé que l’erreur à ne pas commettre, le risque à ne pas prendre, serait d’aller à un second tour. Comment éviter cette éventualité redoutée? Tout organisateur de scrutin qu’il est, il doit avoir à l’esprit que si son bilan, pompeusement vanté, plaide en principe pour lui, il devrait se garder de cautionner des tripatouillages ou autres mauvaises pratiques. Déjà, les opportunistes qui font feu de tous bois, parlent de la victoire à la Wade. Sambourou , il faut le dire, n’est pas Wade et le Mali n’est pas le Sénégal. Là-bas, la démocratie est un cadeau de Senghor, or chez nous au Mali, c’est le fruit du sang, de la sueur, de beaucoup de sacrifices. Comparaison n’est donc pas raison. Ce qui s’est passé au Sénégal, ne regarde que les Sénégalais et nous, Maliens, attendons des élections propres, du début à la fin.

 

Sory Haïdara

 

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