Développement local et décentralisation

Publié le par lechallenger

Suco dénonce les inégalités

 

‘’Décentralisation et développement local’’ est le thème d’un colloque international qui s’est tenu les 5, 6 et 7 février 2007 au Centre régional d’énergie solaire (Cres) à Badalabougou.

 

Organisé par l’Ong ‘’Solidarité union et coopération’’ (SUCO) avec l’appui de l’Agence canadienne de développement international et la Fondation Jules et Paul-Émile Léger, il a réuni des Africains de l’ouest, praticiens locaux et élus des communes qui  se sont concertés afin de partager et capitaliser les expériences acquises en la matière.

 

Une conférence de presse a été organisée à cet effet, le 2 février dans les locaux de SUCO à l’Hippodrome. Elle était présidée par Dr Ousmane Sy, président d’honneur du colloque, ancien ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales ; à ses côtés MM. Moussa Konaté et Bernard Bohmert, respectivement directeur et Représentant de SUCO.

 Il s’agissait pour les conférenciers de mieux informer les médias sur le contenu de ce colloque et d’expliquer le choix de SUCO en matière de décentralisation et de développement local. Ce choix, selon les organisateurs, est une implication plus poussée des praticiens et élus locaux qui connaissent mieux les réalités du terrain et qui peuvent apporter des solutions appropriées. Il est fondé sur une démocratie participative, c’est-à-dire la participation du plus grand nombre dans les sphères de prise de décisions

Pour M. Moussa Konaté, on constate dans le monde une mauvaise répartition des richesses. Ainsi, 5 milliards de personnes vivent dans la précarité à coté de 500 millions de riches. C’est cette inégalité que SUCO tente de réduire depuis 10 ans en favorisant l’éducation, l’éveil des consciences, le renforcement des capacités.

A la question qui lui est posée de savoir quelle serait la retombée de ce colloque sur les populations locales en majorité analphabètes et qui se trouvent dans les confins de nos villages, il a admis la pertinence de cette remarque et a reconnu qu’elle constitue une limite à leur action mais qu’ils feront tout leur possible pour que le message soit transmis par leurs représentants.

Quant à Dr Ousmane Sy, figure de proue de la décentralisation et de la réforme de la gouvernance au Mali - c’est d’ailleurs à ce titre qu’il préside ce forum- il est allé un peu plus loin pour avoir été, selon lui, aux confins de plusieurs localités. Il partage tout à fait, avoue-t-il la vision de Suco. Pour lui, le monde est globalement riche mais cette richesse est très mal répartie. Une inégalité criarde existe entre les couches.

Jamais le monde n’a accumulé autant de savoir et de connaissance mais aussi, autant d’ignorances.

La raison, a-t-il dit, est que les gouvernants mettent en place des processus et des institutions qui ignorent leurs sociétés. A commencer par nos constitutions inadaptées au fonctionnement des pays. Il n’y a pas de place au groupe or, les Africains vivent dans une communauté qui est une réalité dont on ne parle pas. C’est la cause du décalage. La notion de gagnants et de perdants ne correspond à rien.  ’Le consensus est un processus de décision qui est pratiqué dans beaucoup de nos villages. Les gens ne votent pratiquement pas. Il doit par conséquent être la règle et le vote l’exception. 

 

Nous jouons à un jeu et non à une démocratie. On cherche son pain grâce aux t-shirts de chaque parti politique qu’on accumule pour les vendre ensuite’’. Pour lui, l’avenir de l’Afrique se trouve dans le local. La mise en place d’infrastructures dans les villages comme la construction des routes, des centres de santé etc. est une bonne chose mais elle reste insuffisante. Il faut revoir le processus politique, institutionnel, la capacité de mobiliser les ressources humaines.

’En Afrique, à l’en croire toujours, la pauvreté est intellectuelle et non matérielle. L’Afrique est riche mais les Africains sont pauvres. Une partie des réponses se trouve dans le local. Pas de développement durable sans développement local.’’  A la question de savoir si la décentralisation a apporté quelque chose aux Maliens ; il répond que ‘’c’est trop tôt de faire un bilan mais, dans l’ensemble, oui ! Le Mali est un pays stable et la décentralisation en est pour quelque chose. Elle a permis l’élargissement de la base électorale et représente mieux le pouvoir démocratique par rapport à l’ancien système…’’

‘’…L’établissement des maires et des conseillers municipaux a permis de rapprocher les populations de l’administration. Si l’indépendance nous a donné notre liberté, la décentralisation nous a donné notre dignité’’.  Du point de vue pratique, les communes se sont développées. Avant, dans certains villages, il fallait faire des kilomètres pour se rendre à l’école. Avec la décentralisation, le nombre d’écoles a augmenté et elle a favorisé la scolarisation des filles.

Binta Gadiaga

 

 

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