Entretien avec Cheick Sala Sacko

Publié le par lechallenger

Cheick Sala Sacko, une légende vivante

 

 

 

L’homme qui a marqué 3 buts en 3 minutes

 

 

Cheick Salah fait partie de cette race de footballeurs en voie d’extinction. Cet homme marquait des buts avec une facilité «Au Djoliba c’était la famille. J’ai été l’un des meilleurs buteurs de ce club. Par exemple, pour la seule saison 74 -75, sur les 123 buts du Djoliba, j’ai marqué 71 buts et la même année j’ai été meilleur buteur du championnat national avec 18 buts.…’’  Qui pouvait mieux à l’époque ? Question sans nul doute plus difficile à répondre aujourd’hui.        

 

 

 

Bonjour papa. Le Challenger vous remercie d’avoir bien voulu accepter de parler de foot dans ses colonnes et ce à la lumière de votre expérience personnelle. Si l’on vous demandait aujourd’hui qui est Cheick Sala Sacko, que répondriez-vous ?

 

 

Avant tout, je rendrai grâce au bon dieu le bon Dieu et au prophète Mohamed (Psl) ainsi qu’à mes parents pour m’avoir permis d’être interviewé par mon propre fils sur ma vie. Je m’appelle Sékou sala Sacko, 58 ans 2 mois et 3 jours (Ndlr- l’entretien s’est déroulé le 13 octobre 2006). Je suis instructeur de jeunesse et de sport à la Maison des jeunes de Bamako.

 

Pouvez-vous nous parler de votre carrière de footballeur?

 

Je suis omnisports car j’ai pratiqué toutes les disciplines sportives de mon temps sauf la natation car je suis un caillou. En parlant de foot, j’ai commencé comme tous les jeunes du Mali, dans la rue, avec des nœuds de chiffons dans les quels nous tapions comme un ballon, jusqu’au jour où j’ai pu avoir un vrai ballon que m’a offert une tante- Que son âme repose en paix ! C’est, je crois depuis ce moment, que j’ai pris la décision de devenir un grand joueur. Je me suis promis de venir battre Sikasso un jour et Dieu faisant bien les choses, j’ai battu Sikasso à plusieurs reprises.

 

J’ai été gardien de but. J’étais souple, on m’appelait la panthère noire. J’ai été capitaine de l’équipe du Collège moderne de Ségou, du Centre pédagogique de Banankoro dans  la région de Kayes. J’ai été 2ème gardien de but après mon inséparable ami, Lassana Samaké. Je n’ai jamais vu un gardien qui a la classe de Lassana Samaké. C’est suite à son arrivée dans l’équipe que j’ai changé de poste. Comme  je savais déjà jouer des deux pieds. C’est à partir de là que j’ai appris les reprises de volets. J’ai joué respectivement dans les sélections régionales de Kayes et de Sikasso. Quand  j’ai été muté à Bamako, j’ai joué avec le Djoliba et les Aigles.

 

De Cheick Sala du Djoliba, parlons-en ?

 

J’ai été titulaire au Djoliba de fin 1973 à 1980. J’ai joué presque tous les matches du Djoliba. J’ai été sélectionné par un pur hasard. Car, c’était un peu difficile pour un joueur qui débarque à Bamako de pouvoir jouer d’emblée. C’est lors d’une séance d’entraînement de reprise de volet que le public m’a réclamé et j’ai eu ainsi ma place. Je me suis spécialisé en reprise de volet. Ce n’est pas pour me jeter des fleurs mais je l’ai appris tout seul. Je n’avais pas de maître en ce moment. Le matin, je prenais mon ballon contre le mur et j’apprenais mes reprises de volet.

 

Au Djoliba, c’était la famille. J’ai été l’un des meilleurs buteurs de ce club. En prenant l’exemple sur la saison 74/75 sur les 123 buts du Djoliba, j’en ai marqué 71. La même année, j’ai été meilleur buteur du championnat avec 18 buts. Voila ce que je peux dire de ma carrière au Djoliba. Après le décès de ma mère, j’ai été rejoindre mon père à Koutiala. Je dirais que c’est contre mon gré que j’ai quitté le Djoliba.

 

Vous êtes semble-t-il l’auteur d’un exploit dont les nostalgiques parlent encore aujourd’hui : 3 buts en 3 minutes. Qu’est-ce que cela vous dit ?

 

Je peux dire que j’ai été fier de ce résultat. Ça fait partie de mes beaux jours.  Mais j’en ai eu un autre plus beau. C’est à Abidjan, pendant un tournoi. Le Mali jouait contre le Nigeria. J’ai marqué les 4 buts du Mali dont un de la tête, un du pied gauche, un du pied droit et un des deux pieds joints. Ce jour-là, les dieux du stade - comme on dit- étaient avec moi. Je me suis retrouvé avec beaucoup de cadeaux.

 

Mais pour en revenir à votre question, c’était en 1979 lors d’une finale de coupe du Mali  qui a opposé le Djoliba au Stade malien de Bamako. Si j’ai bonne mémoire, je suis entré sur la pelouse à la 110ème minute. Donc, il restait 10 minutes de jeu, le score était vierge. Grâce à un heureux concours de circonstances j’ai marqué, coup sur coup, deux buts. Le 3ème, je m’apprêtais à le marquer lorsqu’on m’a fauché dans les 18m. C’était le penalty. Comme le Djoliba avait un tireur de penalty, Poker, il a marqué le 3ème but et le Stade a réagi ensuite en scorant une fois. On s’est séparé sur un 3 à 1. Je venais de  remporter  ma 6ème finale de coupe du Mali.

 

Un Cheick Sala sur un banc de touche, lors d’une finale, comment expliquez-vous cela ?

 

Chaque entraîneur a sa stratégie. Peut-être ce jour-là, Karounga a vu que c’était Cheick Sala qui pouvait jouer ce rôle. J’étais un peu malade quand la coupe du Mali a démarré il m’a fait venir et nous avons voyagé sur Ségou. Je n’étais toujours pas guéri mais, il m’a fait jouer. Karounga m’a dit : ‘’ habilles-toi, tu vas jouer, même malade’’.

 

Je suis entré et la situation a effectivement changé. C’est à partir de ce jour qu’il a pensé que Cheick Sala pouvait être son arme secrète.

 

Marquer un but des deux pieds ?

 

Le ballon devait sortir, il a traversé le gardien et avant qu’il ne sorte, j’ai plongé des deux pieds et c’était dans les filets.

 

‘’La tête de Lassine … pour Cheick Sala qui tire a distance … il va marquer la balle… il marque !!! But ; but !!’’ Qu’est-ce que cela vous rappelle ?

 

C’était lors de la finale de 1975. Mamadou Kaloga a dit que Cheick Sala a respecté la tradition parce que, en 75, j’ai marqué le but de la victoire du Djoliba. C’est Lassine qui avait dévié de la tête, histoire de dégager mais moi, spontanément et opportunément, j’ai repris le ballon qui est parti tout droit dans les filets.

 

Vous avez été entraîneur national croyons-nous savoir, que pensez-vous du foot malien ?  

 

Je voudrai commencer par remercier ceux grâce auxquels je suis devenu entraîneur national. Je pense notamment à Molobaly Cissoko qui a contribué à ce que je sois inscrit sur la liste des entraîneurs de foot pour un stage à la Maison des jeunes de Bamako, en 1993.

 

Au début, je n’étais pas concerné car je n’étais pas entraîneur de club mais Molobaly m’a dit d’attendre le formateur allemand qui seul pouvait accepter ou refuser. Suite à l’absence des entraîneurs de Mopti et Kayes, j’ai eu la chance de participer à la formation et je suis sorti major de la promotion. J’ai ainsi bénéficié d’une bourse pour effectuer un stage en Allemagne, grâce à Otto Pfitsher. Je ne peux pas oublier non plus Cheick Oumar Koné ‘’kolo’’ qui m’a permis d’obtenir mon premier passeport, parce que le gouvernement n’avait rien donné. Je suis allé  de Bamako les mains vides. A Hanef où a eu lieu le stage, je suis sorti avec le diplôme d’entraîneur de haut niveau que l’on nomme là-bas la licence A en foot.  Cette licence permet d’entraîner toutes les équipes c’est avec ce diplôme que Capi m’a fait appel pour que je l’aide dans l’encadrement de l’équipe nationale et c’est comme ça que j’ai été nommé de 1994 à 2004 entraîneur national, date à laquelle j’ai remporté un tournoi international avec les minimes en France. Mais depuis, je ne parle plus de foot, on m’a laissé de coté. J’ai aussi un diplôme de deuxième degré d’entraîneur de sport pour handicapés physiques.

 

Cheick Sala comme Aigle du Mali, c’était comment ?

 

J’ai 23 sélections. Mon début a été difficile, l’environnement dans lequel nous évoluons étant souvent hostile à cause des égoïsmes. C’est l’entraîneur Carl qui m’a fait appel quand j’étais à Sikasso. J’ai livré mon premier match contre le Sénégal le 4 juillet 1973 et pendant ce match test, j’ai fait plus de 20 minutes sans toucher le ballon. On m’avait fait jouer à gauche. Mais à la mi- temps, il m’a réconforté ces termes : ‘’Petit, ne te décourage pas, tu es plein de qualités. Un jour, on entendra parler de toi.’’ Je dois reconnaître qu’après, j’ai été titulaire pendant tout mon séjour a Bamako.

 

Vous avez marqué combien de buts avec l’E N?

 

Pas fameux. C’était difficile mais j’ai marqué des buts

 

Pourquoi vous n’avez pas entrepris une carrière professionnelle ?

 

J’ai pas été pro parce que mes parents n’ont pas voulu, particulièrement ma mère qui me dit de rester dans mon pays. ‘’Ce que tu gagnes ici, c’est ce que dieu t’a prévu’’ C’est pourquoi, malgré les sollicitations, je suis resté fidèle au principe : ‘’d’abord le Mali, et rien que le Mali. ‘’ 

 

De Tiekoro Bagayoko, parlons-en ?

 

Il était l’ami de tous les sportifs et moi j’étais un de ses amis car quand Tiekoro avait besoin de but, j’en marquais. S’il ne nous avait pas prématurément quittés, nous aurions certainement remporté au moins une coupe africaine. il était nerveux, c’est vrai. Chacun a sa nature mais il aimait tous les sportifs de tous les niveaux  il n’avait pas de choix. Il était le N²1 du Djoliba qui était sa préférence mais il aimait aussi les autres (que son âme repose en paix !)

 

Quelle appréciation faites-vous aujourd’hui du football malien ?

 

Je peux dire que ça va car nous méritons ce que nous préparons. Nous avons de bons joueurs un peut partout dans le monde. Je crois qu’avec un petit esprit de sacrifice a tous les niveaux, nous pourrons avoir de bons résultats.

 

Est-ce que vous pensez que les équipes ne sont pas bien encadrées ?

 

Que les clubs n’arrivent pas à ‘’pointer’’, c’est peut être l’organisation interne du club. On peut dire aussi que c’est dû à la mésentente, parce que chaque fois que les Maliens s’entendent sur quelque chose, on aboutit à un résultat. Dans le domaine du foot, nous ne soufflons pas dans la même trompette. Le jour où l’entente sera le premier réflexe au sein des clubs,  je suis sûr que nous remporterons des trophées.

 

Que pensez-vous des jeunes que vous avez encadrés et qui sont aujourd’hui seniors ?

 

Je suis content d’eux. Ils ont progressé, ils sont allés loin. Par exemple,  Djilla qui joue aujourd’hui dans les grands clubs du monde. C’est une satisfaction morale pour moi. Mais je demanderais à ces jeunes de revenir sur terre, de considérer ce pays comme leur chambre à coucher et de prendre l’exemple sur les aînés. Qu’ils sachent que le Mali ne sera que ce qu’ils en feront. Ils ont la capacité maintenant qu’ils se retrouvent. Il importe qu’ils parlent en bons Maliens, qu’ils écoutent les conseils des aînés, qu’ils retournent aux parents, qu’ils sachent que l’enfant ne peut rien sans la  bénédiction des parents.

 

Pensez-vous qu’ils n’ont pas l’amour du pays?

 

Ils ont l’amour du pays. Le fait même de venir défendre les couleurs nationales en est la preuve. Le reste, c’est autre chose.

 

Comment voyiez-vous le match Mali-Togo?

 

J’ai raccroché avec le foot. Depuis deux ans, je ne vais plus au stade je ne connais plus l’équipe du Mali pour des raisons personnelles. Je suis aujourd’hui artiste. Nous avons gagné, c’est un ouf de soulagement pour tout le pays.

 

Vous donnez l’impression d’avoir jeté l’éponge.?

 

Apres 10 ans de service bien accompli comme en cadets, juniors (3e du monde avec le meilleur joueur, le soulier d’argent de butteur) il est préférable de céder la place à d’autres, surtout quand l’on ne plaît plus à certains tout simplement parce que mon éducation ne me permet pas de  courir derrière eux.

 

Qu’est ce que vous avez  gagné dans le foot ?

 

J’ai gagné beaucoup de relations et de satisfactions. Mais comme je l’ai dit, je n’ai pas gagné de coupe d’Afrique. Donc, je vais chercher ailleurs, peut-être avec l’art, j’aurais une coupe africaine. Matériellement, je préfère ne pas en parler.

 

Est-ce que vous êtes déçu ?

 

 Je ne suis pas déçu, car je connais la situation de mon pays. Mon pays n’avait pas de moyens, je ne suis pas déçu et je continuerai à servir mon pays et les générations à venir dans la mesure du possible.

 

Vous avez atteint au moins des objectifs?

 

Mon premier objectif était de jouer avec les Aigles, je m’étais fixé comme objectif de jouer dans l’EN en 75, mais heureusement pour moi, en 73 déjà, je jouais avec l’EN. Le deuxième était d’être meilleur buteur, je l’ai été pendant une saison. Je me suis dit aussi que je devais remporter une coupe du Mali. J’ai joué 7 coupes du Mali et j’en ai remporté 6. Le dernier objectif - que j’ai raté - était de remporter une coupe africaine. Malheureusement, ni en tant que joueur encore moins en tant qu’entraîneur, je ne pus avoir cette chance. C’est pourquoi, je me suis retiré. 

 

Quels sont les jours que vous admirez  aujourd’hui?

 

L’Ivoirien Drogba. C’est un Africain, il joue en Africain. C’est un garçon qui me plaît bien. Il est moins âgé que moi, j’aurais voulu correspondre avec lui pour lui donner des conseils. J’ai aussi aimé un gardien de but français depuis mon jeune âge, Pierre Camus. Je voulais être comme lui et je pense que j’ai été comme lui car j’ai été gardien de but jusqu’au niveau régional.

 

Que faites-vous aujourd’hui ?

 

Je suis permanent d’une association culturelle, &l

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