POLITIQUE AU MALI

Publié le par lechallenger

Perspectives politiques

 

Qui n’avance pas, recule !

 

Les règnes successifs des chefs d’Etat du Mali de 1960 à 2006, exception faite des 10 ans du président Konaré, illustrent à merveille la description faite de Hassan II et de son pouvoir par Gilles Perrault dans le désormais best seller « Notre ami, le roi ». Jugez-en et faites la comparaison avec ce qui a cours chez nous depuis. ‘’ …… La peur est l’armature de beaucoup de systèmes…’’

 

Force aujourd’hui est de se convaincre que le Mali, depuis les années de l’indépendance, donne l’image d’une nation qui n’avance pas politiquement. Du départ du colonisateur à nos jours, on n’est pas loin du schéma de l’éternel recommencement. A l’indépendance, on connaissait le pluralisme politique, et le débat était animé par au moins deux grands partis politiques (l’Us - Rda et le Psp). Avec la victoire du groupe politique de Modibo Kéta, on a trouvé que la pluralité des positions politiques n’était pas une bonne chose pour notre pays et que tous les hommes et femmes se devaient de se retrouver au sein d’une seule et unique entité. Fort de cette conviction unitaire mais pas toujours intelligente, l’on mettra tout en œuvre pour anéantir le Psp. La suite, on l’a connue avec l’arrestation de tous ceux qui n’étaient pas en adéquation avec cette notion à la limite de la pensée unique.

 

Des hommes finiront leur vie, écrasés dans des bagnes. Mais cette façon de faire le vide, en écartant tous ceux qui ne pensaient pas comme le président Modibo, seul et unique maître à penser, grand timonier, n’a pas réussi à faire de notre pays un havre de paix et de prospérité. Mieux, il a divisé et semé la haine et la colère dans les cœurs. C’est pourquoi, le coup d’Etat de novembre 68 a été accueilli avec des salves d’applaudissement et de concerts de marches de soutien au grand libérateur du pays, le lieutenant Moussa Traoré.  Le régime Modibo était une méchante parenthèse, et que plus rien ne sera comme avant.

 

Pourtant, les dures leçons tirées de cette parenthèse et le cri de cœur des populations, qui en ont suivi, n’ont pas instruit ses tombeurs, pire, il les a fait perdre la raison et la sagesse. La traque des jeunes leaders estudiantins et des politiques clandestins suivie de la mort par empoisonnement de l’ancien président, annonçaient le retour au même système de pensée unique. Un parti unique se préparait à succéder à un autre parti unique, curieusement vomi et dénoncé. Mus on ne sait par quel sentiment de régner seuls et par la force, les tombeurs de Modibo se guerroieront impitoyablement avant de nous ramener ce que nous avions avalé durant neuf petites années plutôt.

 

 

Seul Alpha…

 

 

L’Udpm, avec comme chef unique, Moussa Traoré, précédemment président du comité militaire nettoyé de ses impuretés. Le Mali avance ou recule-t–il ? L’instant d’un feu de paille, l’Udpm ne fera pas mieux que son aîné ni dans la durée encore moins dans le comportement et la manière de gouverner les hommes. Moussa Traoré avait oublié tout ce qui était reproché à Modibo sur le terrain du totalitarisme. Un coup d’Etat viendra le rappeler à l’ordre et l’imposer la réflexion selon laquelle, celui qui tue par l’épée périra par l’épée. Comme quoi, un chef malien est toujours dépouillé d’humilité et tout le monde se prend pour le centre du monde. D’où la mystification du pouvoir et du prince du jour.

 

Seul Alpha O Konaré aura réussi à fausser ce jeu sordide et morbide. Avec lui, avouons-le, le Mali a renoué avec la modestie et la sagesse. Rien n’est éternel et seul le fils de Dougoukolo l’aura compris.

 

Il reste à ce jour, le seul chef à entrer et sortir entier du palais de Koulouba. Après lui, le président ATT flambant dans le cœur de ses compatriotes pour les faits du 26 mars, réussira son retour parce que nanti d’un brevet de sagesse et d’humilité, mais comme son devancier et patron dans l’armée, le vieux démon l’a vite rattrapé au point qu’il n’est plus loin de faire pire que GMT.

 

 Jamais un président du Mali n’avait, avant lui, été autant applaudi, autant magnifié. Tout va de lui et tout lui revient. Son consensus avec une kyrielle de partis politiques, n’est- il pas une façon déguisée de faire du parti unique ? C’est avec ATT que le ministre d’un parti politique a peur de se faire voir dans les réunions, rencontres et autres meetings de sa formation d’origine.

 

 Aucun ministre n’a jamais osé prononcer le nom de son parti en public, encore moins le nom de son président. Pourquoi ? Le général président savait ce qu’il disait lorsqu’à l’intention des hommes et femmes nommés dans son équipe, il prenait toujours le devant de leur faire comprendre qu’ils n’étaient pas à leur poste pour le compte de leur parti mais du pays.

 

Le pays, sans le dire, se résume à sa personne, à la loyauté et la fidélité de ces hommes et femmes à sa seule et unique personne. C’est là que les dérapages ont commencé avec ATT.

 

ATT par-ci, ATT par-là, ATT a dit ça, ATT a fait ça. Même Moussa Traoré n’avait jamais accepté, encore moins toléré une telle propension à le citer à tous bouts de champ dans son Mali unique, où pour critiquer la section du parti, il fallait regarder deux fois par derrière avant de le faire.

 

Cette manière subtile de faire du parti unique sans le dire, sous le sceau du consensus autour du président ATT, est-il faut le dire, à l’origine de la prostitution des mœurs politiques au Mali, de la cassure des partis politiques et de l’avilissement moral de la plupart des acteurs nationaux et, cela à tous les niveaux. En sortirons-nous un jour ? De 1960 à 2006, le Mali socio- politique a-t- il avancé?

 

Sory Haidara
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Publié dans lechallenger

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