Entre nous 298
Offensive tous azimuts
Le président de la république, Amadou Toumani Touré, est candidat à sa propre succession. Il n’a pas besoin de discours officiel pour le faire savoir. Tous ceux qui pensaient, un tant soit peu, à son retrait au terme de ce présent mandat, en ont eu pour leur compte. Chaque jour que Dieu fait apporte son lot de manifestants, de ‘’souteneurs’’ de ses actions, de Maliens reconnaissants envers sa personne, à ses efforts pour, selon eux, sortir le pays des difficultés qui l’assaillent et ralentissent son développement.
Le président ATT, entendons-nous, est un homme de bien, de conviction, un patriote sincère et convaincu. Le moins que l’on puisse constater, c’est que ses administrés le lui rendent bien. L’homme est ‘’vendu’’ au point que certains se demandent s’il n’a pas déménagé à Bozola, alors que d’autres se contentent de remarquer tout simplement que la télé s’ouvre sur ATT et se ferme sur ATT. Façon dont on nous en met plein la vue et ressasse les oreilles, on peut volontiers les comprendre.
Un trop plein médiatique qui cache, en tout cas, beaucoup d’arrière-pensées à vrai dire. Le label ATT, par les temps qui courent, est un puissant et inépuisable fonds de commerce. Le seul projet enviable et susceptible de passer comme lettre à la poste chez les bailleurs nationaux, services publics et privés. C’est ce que beaucoup de Maliens semblent avoir compris ces derniers temps et il n’est pas rare tous les jours d’assister à la création d’associations, de comités, de clubs et cercles, tous se réclamant de sa caisse noire, pardon de sa vision.
Un confrère bien connu de la place a eu le réflexe, voire le courage de dire que jamais président de la république du Mali n’a eu autant de gens avec lui. Seul hic cependant : a-t-on besoin de tant de boucan autour d’un bon produit pour l’imposer sur un marché ? Les très célébrissimes ‘’design’’ tels que ‘’Forever’’, ou ‘’Aloès Vera’’, quoiqu’ils coûtent les yeux de la tête, se vendent pourtant comme du petit pain et la clientèle se recrute dans toutes les couches socio-professionnelles de la population. Pour convaincre de la qualité de ces produits, les maisons qui les représentent ou les opérateurs qui les importent n’ont pas eu recours à la pub de nos deux chaînes de télévision, ou aux ondes de radios d’Etat ou privées.
Seul notre président a besoin de tout ça pour se revigorer, encore s’il est tenu informé de ce qui se fait en son nom, pour son compte. Mais la question qui turlupine est la suivante : d’où est-ce que tous ces fonds proviennent ? Des caisses de la présidence ou de celles de l’administration d’Etat ? C’est vrai que les laudateurs devant l’éternel se retrouvent le plus souvent dans le lot des Dg et Pdg. Là, on n’hésite pas à mettre la main à la poche, pardon dans la caisse, dès lors qu’il est question d’une conférence de presse, d’un meeting politique ou d’une quelque manifestation en faveur du prince du jour.
Le mot de passe est connu, il suffit de financer quelque chose pour la cause pour faire trembler d’éventuels contrôleurs généraux d’Etat et leur rabattre le caquet. ‘’C’est un ami ou partisan du boss, donc attention !’’. Si vous en doutez, allez voir les lettres de quêtes qui défilent à longueur de journée dans les services centraux et Daf. Même les opérateurs économiques ne sont pas épargnés. Mais une précision de taille sur laquelle il importe d’insister ‘’et ce serait justice’’ pour emprunter une expression si chère aux avocats dans leurs requêtes : ne croyez pas que le pouvoir et ses satellites qui gravitent autour de lui, vivant de trafic d’influence, ont toujours besoin de leur tordre la main. Que nenni ! Car une promotion, la conservation d’un poste juteux, l’obtention d’un marché sont fonction de la capacité à répondre aux sollicitations. Alors comment le bureau du Végal, le Pôle économique et le Contrôle général d’Etat, se prennent-ils pour débusquer les fossoyeurs de l’économie nationale. En tout cas, le président Touré que nous connaissons, n’est pas aussi généreux qu’on puisse le croire. Il n’est sans doute pas homme à jeter des millions tous les jours par les fenêtres pour entretenir des hommes et des femmes qui ne pensent qu’à leur seul ventre. Nous pensons que le président ATT, que l’on dit très confiant quant à la solidité de son bilan des dernières années, a intérêt à lever la tête.
Sory Haïdara