1) Alpha Oumar Konaré sur RFI

Publié le par lechallenger

-Ce que je retiens de Jacques Chirac

 

-Ce que je pense de Nicolas Sarkozy

 

Le président sortant de l’Union africaine était… l’invité de Rfi. Sans détour, il se prononce sur des questions brûlantes de l’actualité.

 

Quel est le mot ou le geste de Jacques Chirac que vous retiendrez au terme  de ses 12 ans à l’Elysée ?

 

Je pense que c’est malgré tout une fidélité ou conviction qu’il faut compter avec l’Afrique. Je pense que nous aurions pu avec lui tourner définitivement la page de la France - Afrique dont il a été l’un des acteurs. D’ailleurs, il a été lancé beaucoup d’idée qui auraient pu rénover ces relations. Je pense très honnêtement qu’il n’a pas fait une autocritique de cela qui paraît indispensable pour pouvoir mettre en œuvre de façon concrète certaines idées fortes et bonnes qui avaient été avancées…

 

 Donc, avec Jacques Chirac, il y a des ombres et des lumières

 

Oui,  c’est sûr !

 

Au Togo, par exemple, un dossier qui vous a beaucoup  occupé, est-ce que Jacques Chirac n’a pas privilégié cette fameuse France - Afrique que les relations personnelles avec la famille Eyadema ?

 

Oui !  C’est l’un des aspects de la France - Afrique. J’espère que cette page sera définitivement tournée. Fort heureusement, grâce aux diverses conciliations en cours, on peut espérer que le Togo va continuer sur la bonne voie. 

 

Sur la Côte d’Ivoire, est-ce que Jacques Chirac ne s’est pas laissé enfermer dans un duel avec Laurent Gbagbo ?       

 

Je pense que la bonne lecture à retenir aujourd’hui est qu’il faut faire davantage confiance aux Ivoiriens, et non se substituer à eux, encore moins essayer de leur dicter la voie à suivre.

 

Est-ce que Jacques Chirac a été un bon avocat pour l’Afrique ?

 

C’est sûr qu’il a beaucoup plaidé pour l’Afrique. Mais il y a des domaines où quand on plaide, il faut donner l’exemple. Je pense, par exemple, aux problèmes des subventions agricoles.

 

Est-ce que les sommets France - Afrique doivent continuer ou s’arrêter ?

 

Ah  non ! Pour moi, le sommet de Cannes est le dernier. La France peut se réunir avec les pays qui partagent avec elle un passé commun. Ça, je le comprends.

 

Pour ma part, si les 53 pays africains doivent se réunir, ce serait  dans le cadre d’un dialogue avec toute l’Europe.

 

La dernière année de la présidence de Jacques Chirac a été marquée par la rupture des relations avec le Rwanda. Que faut-il faire ?

 

Je regrette cela amèrement. Mais il y a un problème politique de fond à résoudre : c’est tout le problème de devoir de mémoire par rapport au génocide. Ne prenons pas prétexte du fait que tel ou tel acteur a pu jouer à un moment un tel rôle. Il n’y a aucune gêne à admettre, sans humiliation, avec beaucoup de dignité des erreurs ou des lacunes qui ont pu, dans la pratique, être commises.

 

Vous savez que Nicolas Sarkozy n’aime  pas les actes de repentance ?

 

Vous savez, ça dépend de comment  cela se présente. Il ne s’agit pas d’acte d’humiliation. C’est un homme qui se veut de rupture. C’est un homme de pragmatisme. Comme lui-même se dit ‘’homme de cœur et de raison’’. Le coeur et la raison commandent à ce qu’on puisse tirer les leçons  de ce qui a pu bien ne pas se passer.

 

Ce n’est pas un homme qui est en cause mais un système peut-être mis en cause.

 

Quand Nicolas Sarkozy dit que le temps des réseaux et du paternalisme  est terminé, est-ce que vous le croyez ?

 

A la pratique, nous allons vérifier. Je n’ai pas des raisons de ne pas le croire. Mais je ne donne pas de chèque en blanc. J’espère que les réseaux et les pratiques ne vont pas le rattraper très vite. J’espère surtout qu’il saura tirer les leçons du passé et que des bonnes voix autour de lui sauront bien le conseiller.

 

On connaît les relations personnelles entre Nicolas Sarkozy, Oumar Bongo, Denis Sassou. N’est-ce pas le signe que les relations personnelles vont continuer de prévaloir peut-être sur des relations d’Etat à Etat. ?

 

Vous ne pouvez jamais bannir les relations personnelles. Mais, c’est l’usage qu’on peut en faire. Des relations personnelles peuvent faciliter certaines choses. Mais, j’espère que ça sera toujours dans le bon sens.   

 

Beaucoup d’Africains disent qu’avec Ségolène Royal, il y aurait un nouveau souffle et une prime pour la démocratie africaine. Est-ce que vous partagez leur point de vue ?

 

Vous savez, je suis de ceux-là qui disent qu’il faut qu’on compte sur soi-même.

 

Nicolas veut durcir les conditions de vie des Africains en France. En tant que Malien, est-ce que cela vous inquiète ?

 

Que le président élu défende les intérêts de la France et des Français, c’est absolument normal. Je suis persuadé que l’homme de conviction qu’il est saura être un homme très pragmatique. Et, d’ailleurs, vous le comprendrez, il y a des inflexions dans son discours.

 

De l’immigration choisie à l’immigration maîtrisée, il l’a lui-même indiqué, la régularisation se fera au cas par cas. Ça peut aller très loin. Je souhaite que le cas des sans-papiers et des autres soient correctement traités, parce que l’on ne peut être ami de l’Afrique et ne pas bien traiter les Africains qui sont chez vous. Je suis convaincu que le nouveau président saura être un homme très pragmatique. Nous sommes d’une amitié loyale, mais d’une amitié intransigeante.

 

Cette année, Jacques Chirac n’est pas le seul à partir, vous aussi, vous devrez quitter vos fonctions. Vous l’avez annoncé depuis l’an  dernier. Mais, beaucoup pensent que vous pourriez changer d’avis et que vous accepteriez de briguer un second mandat.

 

J’ai annoncé ce départ mais ce n’est pas pour prendre une retraite. C’est pour continuer le combat pour l’intégration qui est le seul qui vaille aujourd’hui pour les gens de ma génération.

 

Est-ce que votre décision est irrévocable ?

 

Si elle ne l’était pas, je n’aurais jamais pris la responsabilité d’en faire une annonce publique devant les chefs d’Etat.

 

 

Publicité

Publié dans lechallenger

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article