Entre nous 363
La voie du salut
C’est ce vendredi 8 juin que le président réélu, Amadou Toumani Touré, prêtera serment pour entamer son second quinquennat. Les préparatifs vont bon train comme dirait l’autre. Cependant, plus que
Depuis le 12 mai, date de la proclamation officielle des résultats de la présidentielle du 29 avril, notre pays marche au ralenti, rien ne bouge et les hauts responsables de l’administration scrutent l’horizon, la peur au ventre. De
Voilà autant de questions que se posent les Maliens, mais la plus récurrente a trait au mode de gouvernance. En clair, les Maliens veulent savoir dès à présent si ATT poursuivra ou non avec le consensus. C’est évident que nous ne sommes pas dans les secrets des dieux pour savoir exactement ce qu’il pourrait faire. Mais il serait surprenant que l’homme du 26 mars fasse dans l’exclusion, malgré les divers coups reçus pendant la campagne. Il en a annoncé les couleurs dans son allocution du 12 mai, en lançant un appel à tous pour un Mali qui gagne.
Dans une récente analyse politique publiée dans certains journaux, dont le nôtre, l’ancien ministre Me Abdoulaye Garba Tapo, avocat émérite et écrivain de talent, croit à ça et ne doute pas un seul instant que son aîné poursuivra dans la voie du consensus.
«On a beaucoup glosé sur ce consensus, une trouvaille bien malienne. Il serait conforme, selon ses plus chauds partisans, à notre culture et à nos valeurs sociales, faites de tolérance, de dialogue, de partage. Ses détracteurs l’ont considéré comme un véritable recul, un anachronisme, une sorte d’unanimisme, aux antipodes de la pratique moderne faite de confrontations d’idées. Certains esprits ont même avancé la nécessité d’une opposition qui servirait de contrepoids au pouvoir et le dissuaderait par ses prises de positions d’aller à des dérives et abus propres aux dictatures et autres régimes de partis uniques.
Formé quelque peu à cette culture occidentale, je ne fus certainement pas parmi ceux qui ont le plus applaudi à cette trouvaille du Président ATT, décidé à gouverner avec toutes les forces vives de la nation, même avec celles qui s’étaient opposées à lui avec la plus grande véhémence. Je ne fus pas non plus de ceux qui l’ont dénoncé, cela en cohérence avec justement cette éducation malienne qui nous pousse plutôt à des élans de solidarité et de très grande ouverture.
Ce consensus a, malgré quelques soubresauts, prévisibles pour cause de campagne électorale, tenu bon, et bien au-delà même de la durée de vie que des esprits sceptiques lui assignaient. C’est peut-être ce consensus qui a permis au Mali d’éviter ce type d’échauffourées et d’embrasements consécutifs à la plupart des élections en terre africaine, et qui voient le vaincu se livrer à toutes sortes de surenchères et de violences, pas seulement verbales, pour arriver à ses fins.
Le Mali, une fois de plus, vient de se distinguer par cette forme de retenue qui est en train de devenir une spécificité bien de chez nous, et qui nous permet, malgré les légitimes motifs de colère, de ne pas franchir le point de non retour et d’éviter des positions trop intransigeantes qui mettraient durablement dos à dos les forces en présence, et conduiraient peut-être au pire.
Le Président ATT a eu le triomphe modeste, et ses adversaires ont eu, à la satisfaction générale et au grand soulagement de tous les Maliens qui craignaient le pire, l’élégance de se plier devant l’arrêt de
Et mieux encore, ils ont décidé, contrairement à ce qui se passe sous de nombreux cieux, de participer aux élections législatives, malgré tous leurs griefs. Ils font ainsi preuve d’une grande maturité politique, et leur geste contribuera sans doute à renforcer l’image positive de notre pays qui passe pour l’un des plus avancés en matière de démocratie, et l’un des rares où les élections se passent sans trop de débordements.
Certes les escarmouches verbales étaient inévitables, et aucun des candidats ne s’est d’ailleurs privé de lancer des piques, mais cela fait certainement partie de l’ordre des choses, et aucune élection digne de ce nom n’y échappe, même pas dans les pays où il y a une forte tradition démocratique.
Les élections législatives auront lieu dans un mois environ, et à l’issue, les mêmes interrogations se poseront au peuple malien. Le Président ATT restera t-il dans ce qu’il a fait son credo majeur, et qui consiste justement à partager le pouvoir, même avec ceux qui l’ont combattu, dans la mesure où il lui semble que l’immensité des défis à relever commandait d’associer toutes les forces vives de la nation, et de créer une situation d’apaisement et de sérénité qui tournerait toutes les énergies vers l’épuisant combat contre la misère et le sous-développement, et nous épargnerait ces querelles stériles et improductives qui ne peuvent que freiner le développement d’un pays.
La situation actuelle ne sera guère différente de celle de 2002, peut-être seulement avec une configuration qui a quelque peu changé, certains acteurs qui étaient avec IBK se trouvant maintenant avec ATT, et d’autres qui se trouvaient avec ATT étant maintenant plus proches d’IBK. On se souvient de la pondération d’IBK à cette époque, où il a décidé, malgré les objurgations des va-t-en guerre qui l’incitaient à pousser les gens à la rue pour récupérer une victoire qu’on lui aurait volée, de soutenir le candidat ATT qui, lui, semblait le plus apte à répondre aux aspirations des Maliens.». No comment.
Sory Haïdara