REBONDISSEMENTS DANS LAFFAIRE DE LAUDIT
«Le fichier publié sur internet n’est pas fiable», selon Me Baber Gano
De nouveaux rebondissements sont survenus dans l’affaire de l’audit du fichier électoral. L’équation aujourd’hui posée est de savoir qui est compétent pour trancher, chaque structure de l’Etat se débinant apparemment. Le temps qui reste permet-il ce contrôle puisque les cartes d’électeurs sont en train d’être distribuées et que le fichier électoral vient d’être publié sur internet ? Maître Baber Gano, secrétaire aux affaires juridiques et aux droits humains du Rpm, conseiller du président de l’Assemblée nationale apporte de nouveaux éclaircissements. Il s’insurge aussi contre la distribution des cartes d’électeur chez les chefs de quartier, pratique jugée, selon l’avocat, comme un trafic d’influence.
Avez-vous saisi l’Etat à propos de l’audit du fichier et quelle a été sa réponse ?
Je vous remercie d’être revenu me voir sur la question du fichier électoral. Ce qui me réconforte dans ma logique de faire un débat public de cet instrument juridique des élections. Le Front pour la démocratie et
Des pays voisins appliquent le principe d’audit du fichier électoral. Seulement, ils n’ont qu’une seule structure qui gère les élections. La multiplicité des structures, entre autres, Dge, Matcl, facilite-t-elle l’audit ?
C’est une erreur de penser qu’au Mali, plusieurs structures gèrent les élections. Le fichier électoral est un bébé de
Compte tenu de sa procédure, la demande d’audit n’est-elle pas tardive ?
Ce n’est qu’une question de bonne volonté. Dire que la requête est tardive revient à dire que l’élaboration du fichier est tardive puisqu’il n’a été verrouillé qu’une semaine avant la campagne électorale. Pourquoi ne pas l’avoir fait un mois avant, pour que tout le monde prenne le temps de le consulter ?
A la suite de notre demande, ils ont mis le fichier électoral sur internet. On s’est alors aperçu des doublons, des radiations non mises à jour, des noms de personnes décédées qui figurent sur le fichier…la preuve est aujourd’hui faite que le fichier publié sur internet n’est pas fiable. On en est à 6 millions 800.000 électeurs là où il n’en faut peut-être que 5 millions. Seul l’audit permet d’avoir un fichier nettoyé et transparent.
En cas de non satisfaction de votre requête, quelle sera votre réaction ?
La non satisfaction de notre requête veut dire que nous allons tout droit aux élections tripatouillées. Cela veut dire aussi que nous y allons avec la psychose de fraude.
Des cartes d’électeur sont actuellement retirées chez certains chefs de quartier, en l’occurrence en commune III, cela donne-t-il raison aux techniciens qui disent que le fichier peut être élaboré cercle par cercle, commune par commune et même jusqu’au niveau des villages ?
Bien sûr, l’audit allait nous permettre de descendre jusqu’au hameau du village pour vérifier. Déjà, nous constatons une sorte de rétention des cartes d’électeur. Des distributions sont facilitées dans certaines localités contrairement à d’autres. Tout le monde sait que Bamako est acquise à l’opposition et l’on constate que le taux de distribution des cartes d’électeur y est très faible.
Pourtant, les gens sont plus motivés à Bamako qu’ailleurs. Il faut vraiment chercher les raisons de ce faible taux dans la capitale alors qu’on nous signale qu’à l’intérieur, le taux dépasse 50%. Distribuer des cartes d’électeur chez un chef de quartier ou de village est déjà un trafic d’influence. On comprend que ce chef de quartier fasse la rétention des cartes favorables au candidat pour lequel « il ne roule pas ». De ce fait, les gens qui ne sont pas de son bord politique ne sont pas encouragés à retirer leurs cartes.
Quelle structure doit arbitrer la question de l’audit du fichier électoral ?
C’est l’Administration territoriale et les collectivités locales. Elle a rejeté la responsabilité à
Comment l’opinion internationale peut-elle, selon vous, interpréter la demande d’audit du fichier ?
L’opinion internationale peut l’interpréter comme une demande politique qui va permettre au Mali d’avoir des élections transparentes. Elle suit de très près toutes les étapes du processus électoral au Mali. L’opinion internationale attend de notre pays un exemple de démocratie. Nous sommes cités parmi ceux qui ont choisi de faire évoluer leur Etat par la démocratie. Nous devons donc donner l’exemple.
Le mot de la fin ?
Je souhaite que ces élections se fassent dans la quiétude, la paix et la concorde sociales. Il n’est pas souhaitable que la stabilité du Mali, qui est appréciée à l’étranger, soit remise en cause par des élections qui devraient encore une fois donner une chance au Mali de montrer que nous avons chez nous des Démocrates et des Républicains. Je souhaite donc que les élections se déroulent dans la régularité. C’est à cela que doivent s’accorder tous les acteurs politiques : l’Etat, la majorité ainsi que l’opposition. Je vous remercie.
Entretien réalisé par Baba Dembélé