11 questions à Dioncounda traoré
Les grincheux et les dissidents sont une minorité dans
Le président du comité exécutif du parti Adema et non moins tête de proue de l’Adp, Dioncounda Traoré, ancien ministre de la république, ancien député du parti Adema élu à Nara, est sorti de sa réserve. Pour une fois, contrairement à ses bons et vieux principes, il a accepté de se confier à un journaliste sur des questions majeures se rapportant directement à l’homme ainsi qu’à son parti. Le soutien à ATT, la volte- face de certains camarades du parti, notamment Soumeylou, El Madani et Ousmane Sy…tout est passé. A déguster.
Monsieur le président, bonjour. L’Adema, votre parti, prépare, si je ne m’abuse, la présidentielle d’avril prochain et, en toile de fond, un soutien électoral en faveur d’ATT. Cette option, c’est évident, continue au sein du CE tout comme dans le peuple Adema, de susciter des grincements de dents voire une vague de dissidence et de contestation. Comment expliquez-vous, M. le président, cette fronde, et qu’est ce qui se passe réellement chez vous ?
Dioncounda Traoré
Bonjour et bonne année ! Oui, le Parti africain pour la solidarité et la justice, l’Adema, prépare les prochaines consultations électorales à l’instar de l’ensemble des formations politiques, de l’ensemble du peuple malien.
C’est vrai que nous avons décidé, lors de notre 7ème Conférence nationale, d’accorder notre soutien au Président Amadou Toumani Touré pour les présidentielles de 2007. Mais comme vous le savez sans doute, vous étiez bien présent au Mali à cette époque, cette décision a été prise à l’issue d’un large débat à la base, débat suscité par une «Circulaire questionnement» envoyée par le Comité exécutif de l’Adema à toutes les sections. Et la position, qui est la nôtre aujourd’hui, a été prise par une majorité écrasante, j’allais dire la quasi-unanimité de nos sections. Contrairement à ce que vous semblez insinuer, il n’y a qu’une infime minorité de camarades qui grincent des dents ou qui vont carrément en dissidence.
Les premiers (de bonne foi) n’ont simplement pas compris la stratégie de reconquête du pouvoir du parti et continuent à penser que nous aurions pu décider autrement.
Les seconds sont ceux qui, en réalité, sont décidés à être candidats pour diverses raisons plus ou moins avouables et qu’on ne saurait faire renoncer à leurs ambitions désormais morbides, ceux-là développent un argumentaire qui leur est propre mais un avenir très proche nous édifiera tous sur leurs véritables motivations. A part cela, tout va bien dans le parti et il ne s’y passe rien qui ne se passe ailleurs.
Monsieur le président, dans un récent entretien accordé à «Radio Sido» de Ségou et opportunément exploité par « Info-Matin », votre camarade, Ahmed El Madani Diallo, affirmait que le parti n’avait pas décidé d’un soutien électoral en faveur d’ATT. Mieux, que ce dernier ne saurait être le candidat de son parti. Que dites-vous de ces allégations ?
Je n’ai pas personnellement entendu «Radio-Sido» ni lu l’article d’Info Matin». Mais si, je dis bien si El Madani Diallo a affirmé que le parti n’a pas décidé d’un soutien électoral à Amadou Toumani Touré, je vous laisse juger vous-même puisque vous étiez présent, avez suivi les travaux de la 7ème Conférence nationale et avez pris connaissance de ses résolutions et recommandations.
Ahmed El Madani Diallo peut dire qu’il n’est pas d’accord mais il ne peut en aucun cas tenir les propos que vous lui prêtez.
Soumeylou Boubèye Maïga et certains camarades, notamment Abba Kantao, Issa Diarra et Elmehdi, sont suspendus de toute activité au sein du parti. Cependant, il n’y a eu rien du côté de El Madani. N’y a t-il pas du deux poids, deux mesures ?
Décidément vous vous focalisez sur El Madani Diallo. Les camarades qui sont suspendus ont posé des actes susceptibles d’entraîner des sanctions. Le Comité exécutif les a suspendus en attendant de proposer leur exclusion à la toute prochaine Conférence nationale, qui aura lieu les 27 et 28 janvier 2007.
El Madani ne s’est pas encore rendu coupable des mêmes écarts. Il peut s’exprimer aussi longtemps qu’il ne proférera pas d’insultes graves. Dans notre parti, nous ne cultivons pas la pensée unique. Par contre, ce que nous exigeons des camarades, c’est l’unité dans l’action
M. le Président, entre nous et à la bonne franquette, pourquoi votre parti a-t-il choisi de soutenir ATT ? Est-ce que vous n’aviez personne en votre sein à aligner au premier tour, ne serait-ce que pour collecter des suffrages, quitte à rallier le général au cas où il serait au second tour ?
Le choix de notre parti de soutenir Amadou Toumani Touré à l’élection présidentielle de 2007 s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de reconquête du pouvoir par l’Adema Pasj et vous comprenez que je ne puisse pas entrer dans les détails. Le Parti africain pour la solidarité et la justice regorge de très grandes compétences, toutes aussi capables les unes que les autres de briguer la magistrature suprême. Nous avons des dizaines de présidentiables peu enclins à se désister pour l’un d’entre eux et ceci explique peut être cela ! C’est une des raisons, je dis bien une des raisons pour lesquelles nous pensons ne pas être à même d’en faire élire un en 2007 dans un contexte de division comme en 2002.
Il ne nous semble pas raisonnable d’aller à des élections pour faire de la figuration ou pour flatter l’ego de quelqu’un en hypothéquant nos chances pour les législatives et le reste.
Un parti, et c’est universellement connu, se constitue pour conquérir le pouvoir. Or, ATT, quoiqu’on dise, reste un indépendant. Comment est-il possible qu’après 10 ans d’exercice du pouvoir, l’Adema n’ait plus aucune ambition pour le fauteuil pour décider ainsi de s’en remettre à un indépendant ?
Oui vous avez raison, un parti a vocation à conquérir le pouvoir pour mettre en œuvre son projet de société et défendre les intérêts de ses militants. Mais justement, qui parle de stratégie et comme je l’ai dit plus haut, notre stratégie de reconquête du pouvoir passe par le soutien à Amadou Toumani Touré en 2007.
Pour le reste je vous laisse interroger l’histoire récente de notre pays, vous y découvrirez sans doute que l’homme, l’indépendant dont vous parlez, n’est pas étranger à l’avènement de
Comment est venu cette idée d’Adp et qui en est le véritable initiateur ? L’Ard n’était donc pas la bonne arme ?
Vous me permettez de ne pas répondre à cette question, l’Adp fait ses premiers pas et, le moment venu, vous aurez sans aucun doute la réponse à votre question. Je voudrais simplement dire qu’il n’ y a pas d’antinomie entre Ard et Adp. Les deux entités ont des objectifs compatibles mais différents en ce sens que la plateforme de l’Adp est contenue dans celle de l’Ard qui a, pour sa part, évolué depuis 2002.
Monsieur le président, les objectifs de l’Adp étant connus, à savoir soutenir le président ATT à gagner un second mandat, comment comptez-vous vous y prendre ? Comment cette campagne va-t-elle s’orchestrer ? Qui va décider de la composition du staff de campagne mais aussi de la direction des opérations sur le terrain ? Parce qu’il ne faut pas perdre de vue que le Mouvement citoyen reste encore le cheval favori d’ATT, même s’il ne le dit pas. Pensez-vous, que les Djibril Tangara, Ahmed Diane Séméga et autres, se laisseront ravir la vedette, parce que ce n’est un secret pour personne, qu’au sein de ce mouvement, on se marche sur les pieds pour ça ?
Là également vous comprendrez que je ne puisse vous dire comment nous allons nous y prendre et comment se déroulera notre campagne.
Sachez simplement que le staff de campagne, la direction des opérations etc. seront le résultat de décisions prises par toutes les parties prenantes à ce noble projet, singulièrement le candidat et les partis membres de l’Adp. Bien entendu, nous veillerons à ce qu’il existe une parfaite harmonie avec tous ceux qui partagent le même objectif que nous, notamment le Mouvement citoyen.
Soutenir un candidat suppose des récompenses en contrepartie. Comment vont se faire les répartitions des postes, je veux parler des quotas ? Lors de son premier mandat, on se rappelle, ATT n’a gratifié l’Adema que de deux postes ministériels, quand bien même vous restiez sa principale force de frappe à Bagadadji ?
Vous parlez comme s’il s’agissait d’un partage de gâteau. Nous n’attendons pas de récompense car notre engagement est un engagement pour notre pays, pour le peuple malien et pour notre parti.
Je ne suis pas au courant d’éventuels quotas. J’espère simplement et le peuple de l’Adema avec moi que ce qui se passera dans les prochains jours ou semaines confortera notre parti et lui donnera plus de force pour les batailles futures.
En exprimant de façon si nette et si prématurée votre volonté de l’épauler et de lui assurer une victoire, que vous a-t-il promis en échange ? Est-ce que vous vous contenterez de ce qu’il vous offrirait ?
Encore une fois, nous n’avons ni négocié ni marchandé quoi que ce soit, donc il ne nous a rien promis.
Notre engagement est exclusivement pour notre pays et notre parti. Les choses auxquelles vous faites allusion arrivent nécessairement dans le feu de l’action. Disons que nous souhaitons que cela se fasse équitablement.
En tant que doyen passant de surcroît pour un redoutable tacticien, êtes-vous d’accord avec ceux-là qui promettent le « takokelen » en le clamant sur les toits ? N’est-ce pas trop prétentieux ou est-ce seulement du mépris à l’endroit des adversaires d’en face ?
Je crois qu’il s’agit-là plutôt d’un slogan pour galvaniser les troupes que d’une certitude.
Personne ne peut prédire aujourd’hui qu’il n’y aura pas de second tour aux présidentielles mais beaucoup, et je suis de ceux-là, souhaitent que la question soit réglée au 1er tour. Je ne pense pas que ce soit prétentieux car c’est vraiment du domaine du possible.
Je ne pense pas non plus que cela soit du mépris à l’endroit de nos adversaires qui ne se gênent pas non plus pour proclamer leur victoire dès maintenant. Mais tout cela est de bonne guerre et agrémente la vie politique et la précampagne qui s’annonce.
Et si ATT n’était pas réélu, que feriez-vous ? Faire valoir vos droits à… une retraite politique ? Votre mot de la fin, M .Le président.
Je sais qu’il sera réélu !
Je voudrais formuler le souhait que nous réussissions tous ensemble à organiser des élections libres, transparentes et honnêtes et je lance un appel à l’ensemble de la classe politique pour que cette grande fête de la démocratie que constituent les élections générales de 2007 soit belle.
Entretien réalisé par Sory Haïdara