‘’Etonnants Voyageurs’’

Publié le par lechallenger

Tombouctou plongée dans la fièvre littéraire !

 

Du 20 au 21 novembre courant, la cité des 333 saints a abrité le 6ème festival international du livre dénommé ‘’Etonnants Voyageurs’’. Pendant deux jours, de talentueux écrivains au nombre desquels, Belco Moussa Barry, Hamidou Fongo Maïga, Fatoumata T. Sidibé et Eddy L. Harris a fait découvrir aux écoliers de Tombouctou la valeur du livre, de l’écriture et de la culture. Ils n’ont pas non plus manqué de parler du voyage, principal thème de cette 6ème édition. Un message que les écrivains n’ont eu du mal à faire passer dans une ville qui garde encore des manuscrits datant du 12ème siècle.

 

Couplé à l’initiative ‘’Lire en fête’’, le festival ‘’Etonnants Voyageurs’’ a enregistré la participation de plusieurs responsables administratifs et coutumiers de la cité parmi lesquels Boubacar Touré, Directeur régional de la jeunesse des arts et de la culture, Abdourahamane Maïga, chef de division enseignement secondaire, Mamadou Tiéblen Samaké, directeur de Cap, Ismaël Traoré de la bibliothèque Fondo Kati ou encore Salem Ould Elhadj, chercheur, historien et gardien des traditions, des us et coutumes de Tombouctou.

 Très tôt le matin, les acteurs du monde des arts et de la culture de la cité des 333 saints se sont donnés rendez vous dans la salle des conférences du lycée Mahamane Alassane  Haïdara pour le coup d’envoi des activités du festival. Les responsables de la jeunesse de Tombouctou ont fait montre de détermination et d’abnégation. Toute chose qui a fortement contribué à la réussite d’un événement qui a mobilisé du monde.

Précédée par une visite aux autorités administratives de la ville, la cérémonie d’ouverture du festival a regroupé une centaine d’élèves. Après une intervention laconique du directeur régional de la jeunesse qui lui a permis de camper le décor, le tour est revenu au chercheur Salem Ould Elhadj d’animer une conférence-débats sur les thèmes ‘’Le voyage de René Caillié à Tombouctou’’ et ‘’l’utilisation du chameau’’. Selon le conférencier,  René Caillié a foulé le sol de la ville sainte de Tombouctou le 20 avril 1828 après plusieurs péripéties. L’explorateur qui, de l’avis du chercheur, n’était qu’un espion pour les gens de la cité s’est transformé sur place en musulman pratiquant pour pouvoir accomplir sa mission. Après avoir échappé aux soupçons de son logeur, il accomplit sa mission et rentre en France. Honoré et décoré de la légion d’honneur, il rafla plusieurs prix comme récompense de ses informations et travaux sur Tombouctou.  Il mourut dix ans après son entrée à Tombouctou à l’âge de 39 ans.

 Pour le conférencier, René Caillié a effectué tout son voyage à dos de chameau, le moyen de locomotion par excellence au désert.  Le chameau, pour le chercheur, est connu il y a 2000 ans. Il vit dans les zones caractérisées par les grands écarts de température. Il résiste à la soif pendant six à sept jours en période de grande chaleur et un mois pendant l’hiver. C’est sa bosse qui lui sert d’accumuler sa réserve énergétique, a dit M. Salem avant d’ajouter que si le chameau n’avait pas existé, la traversée du désert aurait été impossible ‘’C’est grâce au chameau que les Touareg ont résisté aux conquêtes coloniales’’. L’Azalaï, qui est le voyage des caravanes de chameaux entre Taoudenni et Tombouctou, a été rendu possible grâce aux vertus d’un animal qui continue d’être encore un moyen de transport au Sahara.

 

Le plus grand des voyages, c’est celui de l’esprit

 

 

Après l’exposé du chercheur, les écrivains ont entretenu l’assistance sur leurs œuvres et sur le thème du voyage. D’entrée de jeu, Moussa Belco Barry, écrivain en langue nationale fulfulde, a tenu d’abord à relevé l’importance des langues nationales dans la littérature négro africaine. Il a présenté aux lycéens des contes qu’il a écrits en langue peule. Avant de leur parler voyage. Selon lui, on voyage pour aller chercher le matériel et l’immatériel ou pour renforcer la parenté. Le plus grand des voyages, c’est celui de l’esprit, a t-il dit. Eddy Harris, auteur d’un roman autobiographique intitulé ‘’ Jupiter et Moi’’ a, quant à lui, parlé de son expérience du voyage, avant de brosser de façon succincte son dernier livre qui est le cinquième.

Fatim Sidibé, auteur d’un ouvrage intitulé ‘’Une saison africaine’’ a exceptionnellement forcé l’admiration de l’auditoire. Malienne vivant en Belgique depuis 30 ans, elle a donné les preuves qu’elle est imbibée encore de culture africaine. Son premier livre, qui s’articule autour du grand thème de la rencontre des civilisations retrace la vie d’un personnage partagée entre tradition et modernisme. C’est aussi un roman d’espoir pour tous ceux qui se battent pour améliorer leur condition d’existence.

Intervenant en dernière position, Hamidou Fongo Maïga, poète, il est le fondateur du groupe chorégraphique du lycée des jeunes filles ‘’les Fatimides’’. Certains de ses écrits sont célèbres ‘’Ah ! Si j’étais poète‘’, ‘’ la Fée de Tombouctou’’, ‘’ Une plume trempée dans l’encre de la vie, ‘’Moi, enfant’’. Pour lui, la poésie permet de voyager sans bouger. Une autre forme de voyage que l’assistance a apprécié. Il a enfin déclamé certains de ses poèmes au grand bonheur d’un public manifestement émerveillé.

Après la séance de littérature, le livre intitulé ‘’Douc le malin’’ édité par ‘’les éditions Dounya’’ a été remis symboliquement par l’ambassadeur de France au Mali, SE Michel Reveyrand de Menton, à     Mahamane Djira, au proviseur du lycée Mahamane Alassane Haïdara de Tombouctou.

Les ‘’Etonnants voyageurs’’ ont visité plusieurs bibliothèques de manuscrits dont celle de Fondo Kati où un déjeuner poétique a été organisé en présence de certains poètes locaux. Une soirée artistique et poétique animée par l’orchestre de Haïra Arby a tenu en haleine les participants dans la nuit du mardi au lycée de Tombouctou où des poètes ont fait des prestations et des prix ont été distribués à des élèves. Auparavant, les écrivains ont participé à un concours de lecture qui a regroupé plusieurs établissements de la place. Enfin, c’est sur quelques mots de félicitation du directeur régional de la jeunesse que le festival ‘’Etonnants Voyageurs’’ a pris fin dans la ville la plus médiatisée du Mali.

*Envoyé Spécial à Tombouctou*

 

Alhassane  H Maïga

 

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