Je dis à ATT que je nai encore rien reçu
‘’Je dis à ATT que je n’ai encore rien reçu’’
Femme d’affaires, affaires de femme.
Elle est à la fois reporter-photographe, cameraman, elle est aussi une digne femme au foyer et une respectable mère de famille. Sa silhouette massive mais - Oh combien - dynamique est bien familière des lieux de conférences, de séminaires et autres fora. Elle aime son métier et l’exerce avec passion.
C’est que cette paparazzo ne connaît autre chose que le travail. Pour elle, seul le travail paie. ‘’Avec le travail, on peut arriver à bout de tout’’. Vous vous rendez volontiers compte que ce portrait sommaire ne correspond qu’à celui de Mme Camara Rabia Traoré, notre sympathique invitée de la semaine. Entretien.
Rabia, si l’on demandait de parler de vous en deux mots, que diriez-vous ?
Je suis Arabia Traoré, fille de Djibril Traoré et de Fanta Fofana. Je suis mariée, mère de trois enfants : les jumeaux et leur sœur cadette. Mon mari, c’est Zakaria Camara, ingénieur d’Etat en hydraulique.
Comment êtes-vous venue à la photo ? Par accident ? La matérialisation d’un rêve d’enfant ?
J’ai toujours aimé la photographie, parce que c’est un art. J’ai suivi deux ans de formation en audiovisuel pour les jeunes filles dans un centre nommé «Promo femme» à Hamdallaye dirigé par Mme Bagayogo Aminata. J’ai suivi deux années de formation, dont une année pour la caméra et une année pour la photo. Ensuite, j’ai effectué des stages.
Où ?
Au Mali, pas à l’extérieur.
Vous aviez quel niveau d’études avant formation ?
J’avais le Cap (Certificat d’aptitude professionnelle) c’est-à-dire, Def + 2.
Quand avez- vous commencé réellement à travailler ?
En 2000, après ma formation en 1999. Mais depuis 2001, je collabore avec
Expliquez-nous un peu cette passion
Au Mali, il y a des femmes cameramen ou ‘’camera women’’ mais pas assez de femmes photographes. Or, moi, j’adore la photo.
Avez-vous une idée de ce que l’on pense de vous, en vous voyant défiler parmi les hommes, appareil photo en main ?
Au départ, il est arrivé même que les gens me boudent, je ne m’en occupais pas et ils ont fini par comprendre.
Que répondriez-vous aux personnes qui pensent que la photographie est la chasse gardée des hommes ?
Je leur réponds qu’elles se trompent. Il n’y a pas un métier réservé à la femme et un autre à l’homme. Tous peuvent tout faire. Il suffit d’un peu de volonté. Il n’y a pas de sots métiers, plutôt de sales gens. Le travail est un sort. Homme comme femme, chacun doit chercher à se frayer un petit chemin, à être indépendant..
Comment conciliez-vous la vie mouvementée de photographe et celle de la femme de foyer ?
Ce n’est pas facile, parce que je vis dans une très grande famille, dont mon mari est le benjamin. Avec les femmes de ses autres frères, on prépare à tour de rôle deux jours de suite. Mais souvent, il faut aller en reportage et je n’ai pas toujours de servante. Quand c’est le cas, à mon retour, je continue avec la cuisine. Il m’est souvent arrivé de faire la vaisselle jusqu’à 22 heures, ranger mon matériel de travail, mettre chaque chose à sa place. Je travaille beaucoup, de jour comme de nuit.
Monsieur vous comprend bien alors ?
Oui, et c’est sans doute l’une de mes satisfactions. Il y a des fois où Monsieur fait des courses pour moi, parce qu’il sait que je suis fatiguée. Je profite encore de ces lignes pour le remercier infiniment. C’est un homme compréhensif. Il peut arriver que je sorte le matin pour ne rentrer que la nuit tombée et souvent tardivement.
Or il y a les jumeaux qui ont huit ans et qui vont à l’école, leur petite sœur a 10 mois. J’essaie au mieux de concilier boulot et famille.
Est-ce que la photo nourrit son homme ?
En tout cas moi j’y gagne mon pain. Je préfère ça que d’aller ailleurs pour faire du n’importe quoi. Ce qui me dérange un peu, c’est le non respect de l’engagement par certains clients.
Et vos rapports avec les hommes sur le terrain ?
Souvent il y a des petites incompréhensions mais on se respecte. Je travaille avec les hommes. Je leur dois du respect et c’est réciproque.
Madame a sans doute des ambitions …
Faire en sorte que la photographie malienne soit connue à l’extérieur à travers les femmes et pourquoi pas à travers ma personne. Je voudrais pouvoir évoluer davantage, être une star de la photo. Mais je voudrais tout numériser maintenant photo et camera. Si j’étais soutenue matériellement et financièrement, mon ambition c’est évidemment de disposer de mon propre studio numérique.
Et si un de vos enfants voudrait aussi devenir photographe?
Je vais l’accueillir avec plaisir. Je lui demanderai seulement de travailler beaucoup sinon plus que moi.
Et que diriez-vous, particulièrement aux jeunes filles qui voudraient suivre vos traces?
De travailler. Seul le travail libère l’homme. Que les jeunes filles arrêtent de prendre le thé un peu partout et à longueur de journée. Il faut qu’on évolue.
Je leur dis également qu’il y a de l’emploi au Mali. Il suffit d’avoir un peu d’initiative. Le pays ne peut donner du travail à tout le monde. On peut créer pour soit même un emploi.
Le Mali est un pays de paix. Il n’y a pas de guerre chez nous et on peut travailler tout le temps sans avoir peur pour sa personne comme dans beaucoup de pays.
Je ne peux pas ne pas adresser mes sincères remerciements du couple présidentiel, la première dame qui m’a beaucoup aidée, beaucoup encouragée. Je dis également au Général que je n’ai encore rien reçu.
Les appareils numériques coûtent chers et je n’ai pas les moyens de me les procurer.
Je remercie également le ministre de l’Education nationale, Mamadou Lamine Traoré pour la reconnaissance de mes efforts en quelque sorte à travers un diplôme délivré à l’issue du Camp d’excellence.
Toute ma gratitude, enfin, à l’un des doyens de la photographie malienne que je considère comme un papa, Madou Traoré ou ‘’Pompier Madou’’, appelé affectueusement aussi «Ancien». Pour ses conseils surtout.
Entretien réalisé par Binta Gadiaga
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