Entre nous 306
Où sont passés les boucliers du président ?
Dans la chaleur de l’encre de ‘’Le Sphinx’’, se sont lamentablement fondus les boucliers du président ATT, ceux-là mêmes qui continuent de se faire passer pour ses inconditionnels, ses soutiens actifs, déterminés à le suivre n’importe où et à n’importe quel prix. Mis singulièrement en cause dans le brûlot, ils sont terrés dans les hautes sphères de l’Etat, tout en continuant curieusement à jouir des privilèges qu’ils doivent malheureusement à celui qui fait aujourd’hui la ‘‘Une’’ dans les bacs de par le monde. Le livre intitulé ‘’ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan’’, quoique approximativement bien écrit, et truffé en bien d’endroits de contrevérités ahurissantes, impressionne par le volume de révélations- on s’en doute, pratiquement inattaquables - toute chose qui fait de lui, un best-seller en quelque sorte.
Dans sa note de lecture publiée chez notre confrère de l’Aci 2000, le quotidien l’Indépendant, Hambodedjo Barry, ne se trompe point lorsqu’il dit que « ….En tout cas, pour qu’une maison comme l’Harmattan engage son ‘’secret éditorial’’ sur un document de cette dimension, il faut qu’il ait de bonnes raisons dont la principale est que l’auteur doit être connu de lui et offre de sérieuses garanties de représentation et de commerce. Il reste que la manière est inédite au Mali, d’où tout l’intérêt suscité. »
Le bouquin ne se limite pas aux vaines et creuses dénonciations, il pointe le doigt sur des personnes, relève de grosses indélicatesses qui ont été tolérées par le régime, met des noms sur des visages d’hommes et de femmes qui, pour la plupart, sont des proches du premier responsable du pays ou occupent encore et toujours des postes stratégiques dans les rouages de l’Etat.
D’où notre étonnement mêlé à de l’indignation, une raison de plus de s’interroger sur l’état des ‘’boucliers’’ du président. Tels des lièvres dans leurs gîtes, se terrent-ils parce que transis de peur et de honte ? En tout cas, par leur comportement fortement sujet à caution, ils semblent dire : ‘’Tant pis pour le président ! Nous n’allons pas donner une autre occasion au ‘’Sphinx’’ d’en ajouter. A lui et sa presse de faire le travail. Tous hauts perchés que nous sommes, n’allons pas verser dans la polémique’’.
De polémique, il n’en est pas question, ici. mais plutôt derétablissement de la vérité des faits. C’est à ce niveau que le combat doit se faire. Si au Sénégal, comme l’a si bien rappelé H. Barry, le livre publié par le journaliste Abdoul Latif Coulibaly sur Me Wade a été un scandale national au point de faire sortir de leur torpeur, plume à la main, de gros caciques du pouvoir, chez nous et comme à l’accoutumée, le bouquin signé du Sphinx a été accueilli avec silence et mépris. C’est cela aussi le Mali et ses prédateurs !
Jamais les grands bandits tapis au sommet de l’Etat, n’ont daigné faire le moindre bruit lorsque leur infamie est portée à la connaissance du peuple. Pour eux, le meilleur slogan étant : ‘’Le chien aboie la caravane passe. Nous y sommes et nous y restons, tant pis pour les aigris et les ‘‘hachidi nièngo’’ !’’ Sommes-nous des ‘‘Banièngo’’ lorsque nous demandons à nos dirigeants fuyant le débat de défendre leur honneur ? C’est vrai et ne l’oublions pas, notre cher ‘’Maliba’’, aujourd’hui dépouillé des valeurs légendaires comme ‘‘maya et dembé’’ le degré d’honneur se mesure au nombre de comptes bancaires, des résidences privées, à l’importance du parc auto. C’est justement parce qu’ils sont proches du pouvoir que ces Maliens ne craignent rien, quoique accablés d’accusations de corruption et autres malversations. Les exemples foisonnent. Le livre du Sphinx pose un problème d’honneur et de dignité qui focalise l’attention de toute la république vu le volume, la dimension des faits révélés, le degré de proximité de leurs supposés auteurs vis-à-vis du pouvoir. Par exemple, Samba Illo Diallo, Yacouba Diallo, Mami Coulibaly, Hamidou Sissoko dit Man, Maurice Bagayogo ne sont pas n’importe qui dans ce pays, ce sont des hauts gradés de l’armée, de la gendarmerie et de la police nationale, tous haut perchés sur les branches du pouvoir et sans doute très proches du président ATT. Choguel Maïga et Mamadou Lamine Traoré et Seydou Traoré sont ministres de la république et responsables au premier plan de partis politiques, participant à la gestion consensuelle des affaires de la nation malienne. Et c’est justement par rapport à leur moralité qu’ils sont cités dans le livre.
Alors, qu’est-ce qui reste à ces hommes si tant est qu’ils sont d’honneur et de devoir, amis et soucieux de l’image du général Amadou Toumani Touré, que de réagir, en rétablissant de façon catégorique et ferme leur honneur et leur dignité salis par quelqu’un qui n’ose même pas se faire connaître ? Entre l’auteur tapis sous l’ombre du pseudonyme ‘’Le Sphinx’’ et les mis en cause terrés dans des bureaux et domiciles climatisés, refusant de sortir le bout du nez de peur que l’oiseau de ‘’mauvais augure’’ ne revienne à la charge avec de nouvelles casseroles, qui est plus courageux ? Et pourquoi, ceux- là qui n’ont pas apparu dans le tome I et se proclament amis et inconditionnels d’ATT restent- ils les bras croisés ?
En quoi soutiennent-ils ATT ? A profiter des seuls délices du pouvoir et en laissant les contraintes à celui-ci?
ATT, force est d’en convenir, est un homme seul, sans bouclier aucun. Il est entouré des tonneaux vides qui ne savent que faire du bruit. Qui n’excellent que dans des initiatives à la petite semaine telles que les légèretés qu’ils distillent dans une certaine presse, sans se douter de leur effet boomerang. Car ces maladresses ont tout au plus le mérite d’asseoir la conviction des Maliens sur les accusations faites du ‘’Sphinx’’.
Encore une fois, il est bon de rappeler aux mis en cause que ‘’tard vaut mieux que jamais’’ et que la seule façon de prouver leur entier et total dévouement à ATT est de rompre le silence. Nous attendons !
Sory Haïdara